NINA SAVARY

Nina Savary
Next Level Soap Opera
Le 24 septembre 2021 via Tin Angel
En concert le 13 décembre aux Trois Baudets et le 6 janvier 2022 à La Boule Noire

Citations de presse :

« Un séduisant premier album solo à la pop onirique et lumineuse. »
Libération

« Une vraie capsule chimérique, aux chansons synthétiques en français, loin du troupeau pop de la rentrée. »
Marie-Claire

« La chanteuse, comédienne et danseuse française convoque toutes les forces en sa présence pour demeurer hors des affres du monde. » – France Inter

Si l’on devait pointer l’univers de l’artiste plurielle Nina Savary sur une mappemonde, le meilleur conseil qu’on puisse donner à l’explorateur avisé serait encore de procéder par élimination. Cherchez plutôt là où elle n’est pas ; car son lieu de résidence est à l’exact opposé d’un hypothétique état d’urgence. Et si on ne va pas se lancer dans un éloge fastidieux de la paresse, de l’oisiveté ou du délassement, on peut affirmer sans sourciller que la chanteuse, comédienne et danseuse française convoque toutes les forces en sa présence pour demeurer hors des affres du monde.

« Aller là ou rester là où tout me rejette / Rester là ou là ou aller là où je me projette », chante-t-elle sur « Par Millions », l’un des titres qui composent son premier album Next Level Soap Opera qui sort le 24 septembre sur le label Tin Angel. On ne saurait mieux fixer en chanson un sentiment de déracinement doublé d’une envie d’échappée belle. Un pied en dehors, l’autre en dedans. En dedans car le background social et familial de Nina Savary en fait une saltimbanque chimiquement pure, en plein dans son élément : elle qui a débuté à la Scala de Milan à l’âge de quatre ans, fait ses dents dans les coulisses des théâtres et suivi en tournée le « Grand Magic Circus », troupe libertaire postsoixante-huitarde de ses parents dès son plus jeune âge, en fait une enfant de la balle typique, de celles qui évoluent comme un poisson dans l’eau dans le macrocosme du spectacle vivant.

En dehors car depuis plusieurs années maintenant, elle s’évertue à produire de la musique avec des amis, en cercle clos, des compagnons de route comme Eddy Crampes, Marker Starling, Lætitia Sadier, Julien Gasc ou Armelle Pioline, mais plus particulièrement son compagnon de vie et de musique, Astrobal alias Emmanuel Mario, producteur, arrangeur et compositeur avec qui elle forme le projet Vivre ! En 2020 et dont elle rejoint le groupe Institut fondé par Arnaud Dumatin. Next Level Soap Opera est le fruit de ces années d’amitiés, de rencontres et de collaborations. Un disque qui fait état d’une musique qui lui ressemble peut-être le plus, une fenêtre intime sur ses proches et sur elle-même, composé et enregistré en dehors de toute considération extérieure. Dessus, on y retrouve un sens du compagnonnage et de la camaraderie, la reproduction d’une société à taille humaine dans laquelle chacun compose, joue et écrit. Les thèmes y sont personnels cependant, on y parle d’amour, de doutes, on y dessine une certaine idée de l’utopie.

Next Level Soap Opera est un premier disque-somme, c’est un prolongement de son vécu, de ses affects, mais également une manière de s’en émanciper. L’un nourrit l’autre, dans un enchevêtrement d’anglais et de français, d’expériences passées et de pays qu’on se construit soi-même. Il parlera à tous les exilés en leur propre pays, férus de pop orchestrale anglophone et presque déracinés malgré eux. Il y a bien sûr du Stereolab, du Julien Gasc en passant par le culte Fugu, mais le disque laisse également passer l’éclatement artistique de son interprète principale à travers les rideaux : des zestes de library music, d’ambiances à la Lewis Carroll, de teintes cinématographiques et de récits surréalistes viennent éclairer un disque qui est autant le fruit de ses influences esthétiques que l’explosion de ses pratiques.

Mais l’utopie ne serait possible sans le lieu qui l’a abritée. Perdue dans les Corbières, la bergerie où a été enregistré Next Level Soap Opera est à la fois un lieu de fête, de rencontres, de travail, de vie et de résidence. Studio aménagé où sont produits également nombre d’albums par Astrobal (aux manettes du du disque), c’est une vieille maison de famille où ressurgissent forcément les fantômes du passé, mais également une ancre qui permet de se retrouver. C’est ici que tout se met en place, où l’on tourne des clips DIY en famille comme celui de « Second Guessing » (réalisé par la propre cousine de Nina Savary, Lucie Bourdeu), et où l’on construit patiemment ses rêveries. C’est dans ce lieu où, à l’écoute de Next Level Soap Opera, on comprend que Nina Savary ne saurait choisir entre le vers « Anywhere out of the world » de Baudelaire, et la réplique « There’s no place like home » de Dorothy dans le Magicien d’Oz.

Sans doute est-elle un peu des deux à la fois.